Directrice de l’immobilier du Groupe ADP, Laetitia George a un parcours caractérisé par une appétence particulière pour les sujets environnementaux. Elle explore avec nous les politiques énergétiques et environnementales de ce groupe international.

DÉCIDEURS. On parle souvent de l’empreinte carbone des avions, mais beaucoup moins de celle de l’infrastructure aéroportuaire. Quel est le rôle de l’immobilier dans la stratégie énergétique du Groupe ADP ?

Laetitia George. Parmi les 27 aéroports pour lesquels nous avons une participation majoritaire, Paris-Charles de Gaulle, Paris-Le Bourget et Paris-Orly constituent un portefeuille immobilier de plusieurs milliers d'hectares. À la direction de l'immobilier, nous avons la responsabilité de valoriser le patrimoine immobilier de diversification et de cargo du groupe. Il est d'une surface totale de 1200 hectares, et comprend 260 hectares de réserves foncières. Dans ce cadre, il nous faut penser nos plateformes aéroportuaires comme de véritables villes ou morceau de ville. Paris-Orly, c’est 30 000 personnes qui viennent tous les jours sans y prendre l'avion. À Paris-Charles de Gaulle, ce sont plus de 90 000 !

Dans le passé, les aéroports étaient souvent isolés de leurs territoires environnants et se limitaient à leur rôle d'aéroports. Aujourd'hui, les enjeux de mobilité sont clés, et ils poursuivent leur évolution ! Chez Groupe ADP, nous sommes engagés dans une démarche de développement de plateformes de plus en plus multimodales. Minimiser notre impact environnemental passe par la multiplication des autres formes de mobilités telles que le transport ferroviaire – je pense notamment au CDG Express, le projet Grand Paris Express, ou encore la ligne 14 dont le prolongement jusqu'à Paris-Orly a été inauguré en juin dernier, sans oublier bien sûr la future ligne 18.


« Il ne s’agit plus seulement de construire un bâtiment performant, mais d’aménager un quartier entier avec une gestion énergétique cohérente » 

À cela, nous pouvons ajouter les lignes de train régionales et TGV. Tout ceci illustre parfaitement le fait que nos aéroports soient en passe de devenir des véritables hubs de transport majeurs, au-delà de l’aérien.

Nos plateformes sont actives jour et nuit. En cohérence avec notre valeur fondamentale d'hospitalité, nous menons actuellement un travail de renforcement de l'offre de transports permettant de faciliter l'accès à nos plateformes également sur les plages horaires nocturnes. Pour ce faire, nous ne sommes pas seuls. Cette ambition requiert un travail collectif avec un grand nombre d'acteurs. Nous travaillons notamment aux côtés des collectivités et des services compétents de l'État, et mettons tout en œuvre pour mener un dialogue constant avec les riverains. Dans cette démarche, nous avons par exemple réalisé une concertation publique volontaire du 8 avril au 8 juillet derniers sur Paris-Charles de Gaulle.

Enfin, nos hubs multimodaux nécessitent aussi un développement de l'offre en matière de mobilités douces. En qualité d'aménageurs, nous installons ainsi plusieurs dizaines de kilomètres de pistes cyclables et prochainement des stations Vélib’.

Sur la question de la décarbonation, quelle est votre approche ?

Au-delà de l'échelle du bâti, il nous faut penser la décarbonation à l'échelle des quartiers et des territoires. Il ne s’agit plus seulement de construire un bâtiment performant, mais d’aménager un quartier entier avec une gestion énergétique cohérente. Cela suppose de penser notamment la mobilité, l’hospitalité, l’eau, ou encore la biodiversité. En ce sens, il nous faut travailler main dans la main avec les territoires et villes qui nous entourent. En d'autres termes, il nous faut créer des synergies territoriales et aller au-delà d’une simple réduction de l’empreinte carbone avec un cadre d'intégration d'un niveau de pleine terre d'environ 30%.

Imperméabiliser a le défaut d'avoir un impact sur la biodiversité et la gestion du cycle de l'eau. En ces termes, j'inclus également la biodiversité microscopique des sols. Chez Groupe ADP, cette démarche s'illustre notamment par un dispositif zéro phytosanitaire à Paris-Orly.

Plus largement, à propos de la question de la décarbonation de nos activités et de notre foncier, la gestion de la data (donnée) est fondamentale ! La collecter et l'analyser est clé si nous souhaitons être en mesure de prendre les décisions les plus efficientes et continuer à piloter tous ces indicateurs pour prendre les meilleures décisions.

L’énergie, ce n’est pas que la consommation, c’est aussi la production. Jusqu’où pouvez-vous aller dans cette logique d’autonomie ?

Le volet énergie d'un aéroport va bien au-delà de l'approvisionnement des avions. En matière d'aménagement des quartiers et de l'immobilier, nous sommes prêts à accueillir des infrastructures de production et de distribution. Nous sommes aussi très engagés sur la question de l’autoproduction et de l’autoconsommation d’énergie. Alors que nos trois aéroports franciliens utilisent de la géothermie profonde pour une réelle autonomie énergétique, les nouveaux bâtiments sont équipés de géothermie de minimum importance sur sonde ou sur nappe (200 mètres de profondeur maximum).


« Le but est d’éviter les conflits d’usages avec les villes et les industries, parfois énergivores comme les datacenters, qui s’installent près de nous »

Le photovoltaïque s'impose également comme une solution. Entre autres démarches, nous investissons directement dans des sites de production externes. C'est le cas par exemple en Charente, où Urbasolar – un parc de 47 gigawattheures – produit l'équivalent de 10 % de la consommation de nos trois aéroports franciliens. Le but est d’éviter les conflits d’usages avec les villes et les industries, qui sont parfois énergivores du fait de l'installation de datacenters.

Nous avançons également à grands pas pour l’installation de panneaux photovoltaïques à la fois sur le neuf et l’ancien, avec une préférence pour l’autoconsommation. Nous exigeons aussi que tout le matériel soit démontable et réutilisable ailleurs si certaines installations venaient à disparaître. Notre credo est d’intégrer ce que l’on peut faire avec ce que l’on a. Notre activité offre la chance de ne pas beaucoup souffrir de la concurrence. Cela nous permet d’expérimenter, de chercher à mieux faire, et peut-être même d’en inspirer d’autres !

Propos recueillis par François Arias