Le député LR a été nommé ministre de la Ville et du Logement dans le gouvernement de Sébastien Lecornu. Une nomination accueillie favorablement par le secteur, mais pilonnée par l’opposition qui brandit la menace de censure.
Vincent Jeanbrun, nouveau ministre du Logement : ascension éclair pour un poste précaire
Vincent Jeanbrun, député LR du Val-de-Marne âgé de 41 ans, a été nommé dimanche ministre de la Ville et du Logement, en remplacement d’Éric Woerth. Cette nomination intervient un peu plus d’un an après son élection à l’Assemblée nationale, et couronne une progression éclair dans le paysage politique français. Une consécration qui n’a pas été du goût de son parti d’origine, Les Républicains de Bruno Retailleau, qui avait décidé samedi à une large majorité de ne pas participer au deuxième gouvernement Lecornu. Vincent Jeanbrun a donc été immédiatement exclu de LR, comme cinq autres ministres issus de cette formation.
Membre de l’UMP depuis 2004, Vincent Jeanbrun s’est fait remarquer en 2014 en faisant basculer à droite la commune de L’Haÿ-les-Roses, une première sous la Ve République. Un exploit qui fait alors de cet homme de 30 ans le plus jeune maire d’une ville de plus de 30 000 habitants en France, signalait à l’époque l’AFP. Son ancrage local se confirme en 2024 lors des élections législatives, où il bat largement l’Insoumise Rachel Keke avec 55 % des voix, alors que cette dernière avait été élue dès le premier tour en 2022.
L’émergence durant l’été 2023
Durant les émeutes de l’été 2023 en réponse à la mort du jeune Nahel tué à Nanterre par un policier, Vincent Jeanbrun acquiert une notoriété nationale. Son domicile de L’Haÿ-les-Roses est attaqué à la voiture-bélier. Sa femme, présente avec leurs deux jeunes enfants, est blessée en prenant la fuite.
Cet événement dramatique le propulse porte-parole des maires et lui permet de critiquer régulièrement les réponses du gouvernement aux violences urbaines. Quelques mois plus tard, début 2024, il publie chez Albin Michel Les Deux France, un “récit nourri d’anecdotes et de confidences sur les coulisses de la vie politique”, dixit l’éditeur. La maison s’est d’ailleurs montrée plutôt généreuse en matière d’avances sur les droits d’auteurs accordées à un primoécrivain : 33 587 euros net, comme le rapporte la fiche de l’intéressé à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique.
À l’Assemblée nationale, où il occupe la fonction de porte-parole du groupe LR, Vincent Jeanbrun s’investit sur les questions de logement. Il a notamment été rapporteur d’une proposition de loi visant à prioriser les travailleurs dans l’attribution de logements sociaux – texte qui n’est toutefois pas arrivé en séance. En avril 2025, il lance avec son collègue régional Olivier Blond le think tank « Urbanités », consacré à la santé environnementale et à la transformation urbaine. L’objectif annoncé est de remettre la santé environnementale au cœur de l’action publique, en traitant de la qualité de l’air, de l’eau, de la pollution sonore ou encore de l’urbanisme. Pour l'heure, l'existence dudit think tank se résume principalement à un profil LinkedIn et un compte X cumulant une centaine d'abonnés à eux deux en six mois d'existence.
Plus récemment, Vincent Jeanbrun a pris la présidence d’une commission d’enquête lancée par LR sur les liens supposés entre politiques et islamistes, visant implicitement La France insoumise. Sa nomination au poste de ministre ne lui permettra cependant pas de poursuivre – voire de commencer – ce travail.
Des réactions contrastées et une nomination controversée
Dans la déclaration suivant sa nomination publiée sur les réseaux sociaux, Vincent Jeanbrun affirme : "Pour réparer les quartiers et rétablir la République, il y a urgence à changer la vie des Français qui vivent dans nos QPV et faire face à la crise du logement. J’y mettrai toute mon énergie."
Le milieu professionnel accueille plutôt favorablement cette nomination. L’Unis (Union des syndicats de l’immobilier) salue la désignation d’un ministre de plein exercice, soulignant l’importance du logement pour la croissance économique. L’organisation plaide pour un plan de relance de l’investissement locatif. La Fédération française du bâtiment (FFB) demande quant à elle au gouvernement de se mettre "immédiatement au travail" sur les urgences du secteur : logement neuf, statut du bailleur privé, logement social et MaPrimeRénov'.
De son côté, la Fnaim (Fédération nationale de l’immobilier) salue également la nomination d’un ministre de plein exercice, soulignant que cette décision "intervient dans un contexte de crise majeure, où le logement est devenu l’une des préoccupations centrales des Français". L’organisation liste les attentes du secteur : relancer la production, rétablir la confiance, soutenir le marché locatif et rendre à nouveau possible l’accession à la propriété. La Fnaim insiste sur l’urgence de la situation et sur la nécessité de "réponses concrètes, rapides et lisibles", tout en appelant à "un Projet de Loi de Finances 2026 ambitieux". La fédération conclut par un avertissement sans équivoque : "Le logement n’a plus le temps d’attendre."
Sans surprise, les réactions politiques sont en revanche nettement plus critiques. La France insoumise rappelle l’ouverture d’une enquête en septembre 2024 pour prise illégale d’intérêts. Vincent Jeanbrun est soupçonné d’avoir attribué des logements appartenant à un syndicat intercommunal à deux de ses collaborateurs. Le député LFI Thomas Portes évoque ainsi des pavillons de 150 mètres carrés loués pour “un loyer modique" au directeur et au chef de cabinet du maire. L’intéressé avait assuré pouvoir démontrer "sans aucune difficulté" la légalité et la bonne foi de ces attributions.
Au-delà de cette casserole judiciaire, c’est sur le fond que le nouveau ministre du Logement a été rhabillé pour l’hiver par Jacques Baudrier, adjoint à la maire de Paris en charge du logement et de la transition écologique du bâti. Cet élu communiste dénonce : “Nommer Vincent Jeanbrun, l’auteur d’un rapport ultra-réactionnaire proposant la vente massive de logements sociaux, ministre du Logement est une provocation caricaturale. La mise en œuvre de ses propositions aggraverait encore une crise du logement déjà terrible”.
Un mandat menacé par la censure
Reste à savoir si Vincent Jeanbrun aura l’occasion de se mettre au travail sur ces dossiers. Ce nouveau gouvernement de 34 ministres, dont 19 de plein exercice, mêlant société civile, profils expérimentés et jeunes parlementaires, pourrait en effet être de courte durée. L’ensemble des oppositions – hors Parti socialiste – menace en effet Sébastien Lecornu de censure. Marine Le Pen a d’ailleurs annoncé le dépôt d’une motion de censure dès lundi, et Mathilde Panot, cheffe du groupe « insoumis » à l’Assemblée, a prévenu : "Ne déballez pas trop vite vos cartons, la censure arrive."
Le groupe socialiste, seul capable de sauver le gouvernement avec ses 69 députés, exige l’abandon du 49-3, des mesures pour le pouvoir d’achat et une suspension complète de la réforme des retraites. Sans ces garanties, le parti à la rose censurera également l’exécutif, qui pourrait donc ne pas survivre à cette semaine fatidique.
Alexandre Hervaud