Un an après le lancement de l’appel à manifestation d’intérêt porté par la préfecture d’Île-de-France, 61 projets de reconversion de locaux tertiaires en logements ont été sélectionnés, pour un potentiel de 8 200 unités.

Plus de 5,6 millions de mètres carrés de bureaux sont considérés comme vacants en Île-de-France. En regard, la tension sur le marché résidentiel reste extrême : la région compte une attribution pour quatorze demandes en matière de logement social, avec des délais toujours plus longs. 

En avril 2025, Marc Guillaume, préfet de la région d’Île-de-France, avait lancé un appel à manifestation d’intérêt (AMI) destiné à encourager et accélérer la transformation de locaux d’activités en logements à l’échelle francilienne. 

61 projets sur 101 dossiers

Un an plus tard, les résultats sont désormais connus. Sur les 101 candidatures déposées, 61 projets lauréats ont été retenus par les services de l’État. Au total, ces opérations représentent 8 200 logements programmés, dont 4 400 logements sociaux, 1 000 logements locatifs intermédiaires et plus de 3 900 unités à destination des étudiants. Les dossiers ont été évalués sur quatre critères : diversité et accessibilité de la programmation, équilibre économique, insertion dans le tissu urbain, qualité architecturale et environnementale.

L’AMI visait par définition des opérations relevant du renouvellement urbain et de la mixité sociale, dans des territoires identifiés comme prioritaires : communes déficitaires en logements sociaux, quartiers desservis par les futures gares du Grand Paris Express.

Le bilan intermédiaire fait état de près de 2 900 logements sociaux issus de projets lauréats agréés dès 2025, soit 10 % du total régional des agréments de l’année. Ce ratio illustre la montée en puissance de la transformation de l’existant comme levier de production, dans un contexte de construction neuve structurellement déprimée.

Un soutien financier ciblé

Tous les lauréats bénéficieront d’un accompagnement technique et réglementaire des services de l’État. Une trentaine d’entre eux ont bénéficié d’un appui financier dès 2025 : 35 millions d’euros de subventions du Fonds national d’aides à la pierre (Fnap), dont 15 millions de bonifications exceptionnelles, 4,9 millions issus du Fonds vert pour le recyclage des friches, et plus d’un million de subventions majorées de l’Agence nationale de rénovation urbaine (Anru). 

La palette des sites retenus illustre l’hétérogénéité du parc tertiaire francilien. À Orsay (Essonne), 3F Résidences reconvertit trois anciens laboratoires du campus Paris-Saclay en une résidence universitaire sociale de 462 logements. À Combs-la-Ville (Seine-et-Marne), CDC Habitat transforme un bâtiment d’archives, en bordure de l’Yerres, en un ensemble de 210 logements étudiants associé à des espaces culturels. Au Chesnay (Yvelines), Versailles Habitat réhabilite l’ancien siège de Mercedes France sur le campus de Chèvreloup en résidence proposant 100 logements sociaux pour étudiants et jeunes de moins de 30 ans, en lien programmatique avec le Centre hospitalier de Versailles.

Décideurs Magazine

En petite couronne, les typologies varient considérablement. À Pantin (Seine-Saint-Denis), I3F et l’Epfif cogèrent la transformation d’un immeuble de bureaux en 35 logements sociaux familiaux, au bord du canal de l’Ourcq. À Châtillon (Hauts-de-Seine), le même bailleur réhabilite un bâtiment industriel de 1930 reconverti en bureaux en 47 logements dont 15 sociaux, avec crèche et toit-terrasse d’agriculture urbaine, l’ensemble visant 100 % de réemploi. 

À Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne), le projet EFG-Babylone, sous maîtrise d’ouvrage de Trustone, prévoit quelque 240 logements en programmation mixte (familiaux, résidence sociale pour jeunes actifs, intergénérationnel, locatif intermédiaire) sur un ancien site tertiaire des années 1970, à deux pas d’une future gare du Grand Paris Express. À Villiers-le-Bel (Val-d’Oise), I3F et Grand Paris Aménagement planchent quant à eux sur la restructuration de l’ancien hôpital Adélaïde Hautval en 146 logements, dont 66 sociaux et 80 locatifs intermédiaires.

À Paris même, dans le 4e arrondissement, un immeuble de l’État sera transformé en 29 logements sociaux par le bailleur ELOGIE SIEMP, grâce à un bail emphytéotique administratif assorti d’une décote foncière. Un dispositif qui traduit le volontarisme des pouvoirs publics dans les arrondissements déficitaires.

De nouvelles opérations à identifier

Ces opérations, aussi inventives soient-elles, rappellent que la transformation de bureaux en logements ne se décrète pas. Les bâtiments tertiaires sont souvent conçus pour la valorisation patrimoniale d’entreprises, et non pour être habités : plateaux sans cour intérieure, normes incendie inadaptées, manque de sanitaires, contraintes d’éclairement sont autant d’obstacles à franchir. 

Parallèlement, huit collectivités des Hauts-de-Seine et de Seine-Saint-Denis seront accompagnées, en partenariat avec l’Établissement public foncier d’Île-de-France (Epfif) et la Banque des Territoires, pour identifier leurs gisements fonciers et faire émerger de nouvelles opérations, tandis que la préfecture a d’ores et déjà évoqué la possibilité d’un deuxième appel à manifestation d’intérêt.

Alexandre Hervaud