Le conseil d’administration de Segro s’est dit prêt, mercredi 22 juillet, à recommander l’offre « best and final » de Prologis, qui valorise le premier propriétaire logistique coté d’Europe à 16,4 milliards d’euros.

C’est la fin d’un suspense qui agitait le monde de la logistique depuis plusieurs semaines : l’anglais Segro PLC s’est finalement décidé à accepter l’offre de rachat de Prologis. La société a en effet annoncé que son conseil d’administration était prêt à recommander la proposition revue à la hausse de l’Américain.

Le feuilleton avait débuté en mars 2024 avec une première offre 100 % en actions qui avait été promptement refusée par le Britannique, qui jugeait cette dernière opportuniste. Le 24 juin 2026, Prologis était revenu à la charge avec une offre publique de 12,6 milliards d’euros qui avait également été considérée comme insuffisante. Un va-et-vient s’était alors enclenché et Prologis avait revu à la hausse sa proposition à trois reprises. En parallèle, les deux sociétés s’étaient livrées à un duel médiatique qui avait même poussé certains actionnaires à se positionner publiquement. Le fonds de pension norvégien NBIM, actionnaire commun aux deux sociétés, s’était ainsi publiquement agacé de leur mésentente.

Le 22 juillet, à quelques heures de l’expiration du délai réglementaire, Prologis a finalement déposé une proposition qualifiée de « meilleure et définitive », valorisant Segro à environ 16,4 milliards d’euros : 0,0920 action Prologis et une option alternative en cash portée à 4,1 milliards. C’est cette dernière qui a fini par convaincre la direction de Segro.

Des répercussions pour le marché français

Au-delà du prix, l’opération valide une tendance : la logistique européenne, longtemps fragmentée entre foncières nationales et fonds paneuropéens, entre dans une phase de concentration. Le rapprochement adosserait le portefeuille de Segro, huit pays européens et une exposition croissante aux data centers, à la plateforme mondiale de Prologis et à un coût du capital nettement inférieur.

Les répercussions sur le marché hexagonal seraient immédiates. Segro est implanté en France depuis plus de 50 ans et considère l’Île-de-France comme sa première région, avec une stratégie centrée sur la logistique urbaine. La société avait même ouvert un bureau lyonnais en 2020 pour renforcer sa présence dans cet autre marché stratégique. De son côté, Prologis est également un acteur majeur du marché français, avec près de 150 bâtiments représentant plus de 3,3 millions de mètres carrés. L’opération ne serait pas sans conséquences pour les capacités de négociation des preneurs, alors que la vacance des actifs logistiques prime reste basse. La fusion pourrait logiquement être suivie d’arbitrages potentiels qui pourraient représenter des opportunités pour les foncières et fonds d’investissement.

Reste l’étape juridique à franchir. Aucune offre ferme n’a encore été déposée, et la revue concurrentielle, en France comme à Bruxelles, constituera le prochain point de passage obligé de ce mariage XXL dans le monde de la logistique.

François Arias