Dans un nouveau rapport, l’Agence nationale pour la rénovation urbaine plaide également pour une meilleure prise en compte du changement climatique dans la sélection des territoires à soutenir.

"Ensemble, refaire ville : pour un renouvellement urbain résilient des quartiers et des territoires fragiles" : tel est le titre du rapport de 176 pages dévoilé cette semaine par l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru). Commandé fin 2023, deux décennies après la création de l’Agence, le rapport entend "nourrir les réflexions du gouvernement pour la préparation d’une stratégie globale de renouvellement urbain". La mission chargée de le rédiger était constituée de Jean-Martin Delorme (président de la section Habitat, Aménagement et Cohésion sociale de l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable, IGEDD) Anne-Claire Mialot (directrice générale de l’ANRU) et Cédric Van Styvendael (maire de Villeurbanne).

L’état des lieux dressé par le document laisse peu de place à l’optimisme : "la ségrégation socio-spatiale s’est accrue en France sous les effets combinés de la métropolisation, de la désindustrialisation et de l’accroissement des inégalités sociales ", avance ainsi la synthèse. La lutte contre la ségrégation territoriale et l’adaptation des territoires aux impacts du changement climatique doivent selon l’Anru "matricer l’action publique en faveur des territoires fragilisés, qu’il s’agisse des quartiers prioritaires de la politique de la ville, des territoires en déprise, ou des territoires rendus inhabitables sous l’impact du changement climatique".

L’Anru estime que la "ségrégation et l’éloignement des services"  ont été les "ressorts communs" de la mobilisation des gilets jaunes et des émeutes de 2023, consécutives à la mort de Nahel Merzouk – soit des phénomènes non circonscrits aux grandes villes. "Qu’on soit pauvre dans une commune rurale isolée ou dans un quartier urbain enclavé, les problématiques sont plus souvent communes que contraires : la difficulté à trouver un emploi, à accéder aux services publics, à se loger, à se déplacer, à se soigner".

Moment clé

Comme l’a relevé l’AFP, la remise du rapport intervient à un moment clé pour l’Anru, qui ne vit que par ses programmes, alors que le deuxième programme de rénovation urbaine (NPNRU) doit s’achever en 2030, avec une fin d’allocation des financements en 2026. De quoi inquiéter l’Association des maires de France, citée dans le rapport : "le gouvernement doit veiller à travailler dès maintenant à prévoir la suite du NPNRU, en continuité de celui-ci, pour ne pas créer de rupture dans le fonctionnement de l’Agence et donc créer un écroulement brutal de l’accompagnement des quartiers par les politiques publiques nationales".

Sans surprise, la mission préconise ainsi le lancement dès cette année d’un programme national de renouvellement urbain pour éviter "un trou d’air" dans les programmes de l’Anru, et de lutter "contre la ségrégation urbaine et la résilience territoriale". Parmi ses propositions, le rapport préconise la création d’un "comité interministériel d’aménagement du territoire, placé auprès du Premier ministre" et chargé de "porter une politique nationale de rééquilibrage territorial et d’anticipation des conséquences territoriales du changement climatique".

La rédaction du rapport s’est nourrie de huit déplacements à travers la France (Évry, Nîmes/Saint-Gilles, Métropole de Lyon, Nancy, Châteauroux, Rennes, bassin minier dans le Pas-de-Calais et le Nord, Saint-Denis) et de 45 auditions, dont la vidéo ci-dessus donne un aperçu.

Laissons le mot de la fin à l’un des experts interrogés, l’architecte-urbaniste Franck Boutté, qui rappelle dans le rapport cette évidence à l’heure du Zéro artificialisation nette : "80 % des bâtiments de 2050 existent déjà. La ville de demain, c’est l’adaptation de la ville d’aujourd’hui. Or elle n’est absolument pas préparée aux enjeux de demain". 

Alexandre Hervaud