L’entreprise française Data4 est un acteur européen majeur des data centers, qui conçoit, construit et exploite ses propres infrastructures. Rencontre avec Alexandre Delaval, directeur général France de Data4.

DÉCIDEURS. EDF a lancé des appels à manifestation d’intérêt pour l’accueil de nouveaux data centers en France sur certains de ses terrains. Cela va-t-il dans le bon sens ?
Alexandre Delaval. Nous voyons cela d’un très bon œil ! Que ce soit EDF pour la fourniture ou RTE pour le raccordement, les énergéticiens sont motivés pour nous aider à mieux planifier, à mieux travailler. EDF est allé un peu plus loin en proposant des sites dont le raccordement au réseau peut être simplifié, et tant mieux. Ce sont des sites déjà fléchés pour des activités industrielles, compatibles avec les data centers grâce à leurs raccordements électriques facilités et qui permettent une meilleure collaboration entre les principaux acteurs concernés.

Comment améliorer les performances de l’industrie du data center sur le plan environnemental ?

Il y a un véritable sujet de responsabilité concernant le développement durable et l’efficacité énergétique. Dès l’étape de la construction, la réduction de l’empreinte carbone est capitale. Cela passe par des changements de technologies, par exemple dans la structure du béton utilisé. L’énergie est vraiment le nerf de la guerre pour les data centers. Nos clients vont consommer de plus en plus, notamment à cause de l’explosion de l’intelligence artificielle, qui entraîne une concentration de serveurs, donc une augmentation de la demande énergétique. 

Notre métier, c’est de contenir ces éléments tout en visant à réduire les principaux indicateurs clés de la performance énergétique, notamment le PUE (Power Usage Effectiveness). Cet indicateur évalue le rendement du data center en calculant le ratio de l’énergie qu’il utilise dans son ensemble, par rapport à l’énergie utilisée uniquement par les équipements informatiques, pris isolément. C’est le cas de la configuration d’un groupe froid – machine thermique qui produit du froid en extrayant la chaleur d’un environnement – et plus généralement le choix des équipements en fonction de leur rendement, avec un travail sur la supply chain en amont pour optimiser la consommation électrique.

Quel bilan tirez-vous du Sommet pour l’action sur l’IA et les annonces d’investissements records qui l’ont accompagné ?

L’engagement massif du gouvernement pour notre secteur est un élan incroyable. C’est un vrai marqueur pour nous, en tant qu’entreprise française championne européenne des data centers. Sur les 109 milliards d’euros d’investissements annoncés, 20 viennent de notre actionnaire, et 15 sont consacrés à Data4 en France. Cela va nous permettre de chercher de nouveaux sites pour nous développer.

Quels pourraient être les leviers à actionner pour simplifier les procédures ?

Voici un exemple concret, étape par étape. Nous avons acquis notre futur site, à Nozay dans l’Essonne, au premier trimestre 2023. Le premier data center de ce futur campus dévolu à l’IA sera opérationnel à la mi 2027, avec 120 mégawatts au démarrage. Quatre ans vont donc séparer l’acquisition du foncier chez le notaire et la mise en route ! Nous connaissons les rouages, et le process a été suivi scrupuleusement avec un maximum de tâches en parallèle. L’un des leviers possibles, c’est la réduction du temps d’instruction qui va de 12 à 18 mois, voire 24 mois selon la complexité des projets. Le deuxième élément important, ce sont les délais de raccordement à l’énergie. RTE essaie de trouver un maximum de solutions, mais, aujourd’hui, le délai standard pour livrer 150 ou 200 mégawatts oscille entre cinq et sept ans.

Bien sûr, il peut aussi y avoir des tensions du côté des entreprises de la construction, mais en optimisant seulement la partie administrative – sans pour autant modifier la réglementation – et en améliorant les capacités de RTE et Enedis, il est sans doute possible de gagner 12 mois sur les 4 ans qui sont actuellement la norme… Aujourd’hui, Data4 en France, ce sont 500 mégawatts sécurisés. Pour nous, l’objectif est de passer à 1,5 gigawatt dans les cinq à dix prochaines années, selon la rapidité d’exécution des projets.

Propos recueillis par Alexandre Hervaud

Dossier spécial – Datacenters : construire l'autonomie numérique.