La pause annoncée de trois mois dans le dispositif d’aide à la rénovation, officiellement pour cause d’engorgement et de fraudes massives, inquiète les professionnels du bâtiment déjà soumis à la crise de la construction neuve.

Amélie de Montchalin a confirmé ce mardi que le dispositif MaPrimeRénov' redémarrera le 15 septembre, après une suspension débutant le 1er juillet. Cette pause estivale permettra de "faire une revue totale" selon la ministre des Comptes publics, avec le paiement des dossiers légitimes et l'exclusion des fraudeurs. L'objectif affiché est de "rouvrir le guichet et d'allouer 100% des fonds aux personnes honnêtes" dès la mi-septembre.

Les propriétaires peuvent encore déposer leurs demandes jusqu'à fin juin, mais l'incertitude plane sur l'évolution des règles d'attribution promises par la ministre du Logement Valérie Létard. Cette interruption de trois mois, officiellement motivée par la lutte contre la fraude, suscite de vives inquiétudes dans le secteur du bâtiment qui craint un impact majeur sur son activité.

Avec un budget de 3,6 milliards d'euros, MaPrimeRénov' représente un pilier essentiel du marché de la rénovation énergétique. Selon le ministre de l'Économie Eric Lombard, "un dossier sur dix est frauduleux", soit environ 16 000 dossiers suspects sur 12% du stock total.  

Les professionnels veulent sauver le "mono-geste"

Face à cette suspension totale, plusieurs organisations professionnelles montent au créneau pour demander le maintien au moins partiel du dispositif. La Fédération française du bâtiment (FFB), l'Association française pour les pompes à chaleur (Afpac) et Enerplan réclament unanimement la préservation du parcours "mono-geste", qui concerne les travaux isolés comme le remplacement d'une chaudière ou de fenêtres.

"Une suspension des aides serait un très mauvais signal après les reculs du marché déjà marqués ces deux dernières années ( -14 % en 2023 et -40 % en 2024)”, alerte l'Afpac, qui qualifie la décision gouvernementale de "brutale". L'organisation souligne que cette suspension "constitue une menace pour la pérennité de la filière française des pompes à chaleur, ainsi que pour des milliers d'emplois sur l'ensemble du territoire".

Pour Olivier Salleron, président de la FFB, “il n’est pas acceptable que les rénovations par gestes, non concernées par les difficultés, subissent le même sort que les rénovations globales”. Il appelle le gouvernement à lever le gel annoncé des mono-gestes, et sans tarder :“il faut annoncer cela très vite, alors que les ménages commencent à annuler des projets et que la colère monte chez les artisans et entrepreneurs du bâtiment, face à cette quinzième réforme du dispositif depuis 2020”

Une décision critiquée par...Macron

Les professionnels mettent en avant l'efficacité des contrôles existants sur les opérations mono-geste et l'absence d'engorgement dans ce segment, contrairement aux rénovations globales. Pour Enerplan, "le soutien au mono-geste ne devrait pas être suspendu afin de ne pas paralyser le marché pendant plusieurs mois".

Lors d’un entretien avec la presse régionale, Emmanuel Macron s’est fait l’écho de ce ressentiment : “ce n’est pas le moment de créer des incertitudes sur les dispositifs mis en place pour accompagner les professionnels, pour accompagner les ménages afin qu’ils continuent de rénover leur logement”.

[mise à jour, 16/06/2025] : Selon Le Parisien, le gouvernement maintient finalement l’accompagnement financier des travaux "monogestes", soit les travaux isolés de rénovation des logements, comme l’isolation des combles ou le remplacement d’une chaudière par un système de chauffagetype pompe à chaleur (PAC). Les "rénovations d’ampleur", c’est-à-dire conjuguant plusieurs gestes, sont en revanche bien exclues temporairement du dispositif, précise le journal.

La rédaction