Après trois mois de fermeture, le dispositif destiné aux rénovations énergétiques d'ampleur a rouvert ses portes. Cette reprise s'accompagne toutefois de restrictions drastiques qui divisent les acteurs du secteur.
MaPrimeRénov' : une réouverture sous haute tension
La fermeture du guichet le 23 juin dernier avait été présentée par le gouvernement comme une nécessité face à l'engorgement du système et aux tentatives de fraude massives. Les chiffres révélés dans le communiqué du Ministère de la Transition Écologique sont éloquents. Durant l’été, près de 25 000 dossiers représentant 935 millions d'euros de subventions potentielles ont été examinés. D’après le gouvernement, 36 millions d'euros de fraudes ont été évitées à cette occasion, occasionnant le retrait d'agrément pour les entreprises frauduleuses, tandis que 14 000 dossiers restent sous surveillance active.
La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a par ailleurs détecté des irrégularités chez 34% des 1 000 professionnels contrôlés en 2024, rappelle l’AFP. L'administration a transmis à la justice 140 procès-verbaux pénaux pour pratiques commerciales trompeuses et démarchage agressif. Les enquêteurs ont constaté des collectes de données via des sites trompeurs, du démarchage téléphonique illicite, ou encore des opérateurs se présentant comme mandatés par l'État.
Des conditions d'éligibilité durcies
La réouverture s'accompagne d'un recentrage important du dispositif. Désormais, seuls les logements classés E, F ou G au diagnostic de performance énergétique sont éligibles. Les plafonds de travaux subventionnables ont été divisés par près de deux : jusqu'à 30 000 euros hors taxes pour un gain de deux classes énergétiques, et 40 000 euros pour un gain de trois classes ou plus, contre 70 000 euros auparavant.
Les taux d'aide restent inchangés pour les ménages les plus modestes, qui peuvent bénéficier d'une aide allant jusqu'à 80% du plafond de travaux. Concrètement, un ménage très modeste pourrait ainsi percevoir au maximum 32 000 euros, contre 63 000 euros selon les anciennes règles. Le bonus de sortie de passoire thermique a par ailleurs été supprimé.
L'aide se concentre également sur les ménages les plus modestes dans un premier temps, "afin de répondre aux besoins de ceux qui subissent le plus la précarité énergétique", selon les termes du gouvernement.
Un budget déjà épuisé
Le retour de MaPrimeRenov’ se déroule dans un contexte budgétaire critique, doublé d’une instabilité politique devenue quasi habituelle depuis la dissolution de l’été 2024. Le stock de demandes déposées avant juin va "assurément consommer l'intégralité du budget de 3,6 milliards d'euros prévu pour 2025", selon l'AFP. Au 12 septembre 2025, 71 828 rénovations d'ampleur avaient déjà été engagées, contre 37 626 à la même date en 2024, soit un quasi-doublement.
Dans ce contexte tendu, seuls 13 000 nouveaux dossiers pourront être acceptés d'ici fin 2025. Ils seront instruits et engagés au premier trimestre 2026, sous réserve du vote de la loi de finances. Pour piloter cette enveloppe restreinte, des objectifs par territoire seront publiés avec un suivi hebdomadaire accessible aux acteurs de la rénovation.
Une réforme vivement critiquée
Pour le réseau Cler, qui rassemble près de 300 structures engagées dans la transition énergétique, cette réouverture "marque l'abandon par le gouvernement de la politique de rénovation énergétique". Isabelle Gasquet, responsable plaidoyer efficacité énergétique, dénonce : "En détricotant MaPrimeRénov', le gouvernement fait le choix de l'abandon social et climatique. Il balaie d'un revers de main tout un secteur économique et associatif qui s'est structuré pour conseiller et accompagner les personnes dans la rénovation énergétique de leur logement."
L'association pointe plusieurs problèmes majeurs : un reste à charge démesuré pour les ménages modestes malgré les aides, l'abandon des locataires dont les propriétaires bailleurs sont largement exclus du dispositif, et un plafond de 13 000 dossiers risquant de provoquer rapidement une nouvelle suspension.
Le réseau Cler critique également le maintien des aides pour les gestes uniques de travaux, comme l'installation d'une pompe à chaleur dans un logement non isolé, alors qu'il est démontré que ces mono-gestes ne permettent pas de générer des gains énergétiques ambitieux, contrairement aux rénovations globales.
Un secteur en quête de stabilité
Au-delà des débats sur le calibrage des aides, c'est l'instabilité réglementaire qui épuise le secteur du bâtiment, lassé par une succession de modifications incessantes depuis la création du dispositif. Dernière en date : l'exclusion à partir de 2026 de l'isolation des murs et de l'installation de chaudières biomasse de la liste des travaux éligibles à MaPrimeRénov' par geste.
La ministre chargée du Logement démissionnaire Valérie Létard avait promis de la stabilité pour 2026, y compris le maintien du budget, mais la chute du gouvernement Bayrou début septembre rend ces engagements incertains Entre l'objectif affiché de rénover 600 000 logements par an d'ici 2030 et la réalité d'un dispositif contraint budgétairement et prisé des fraudeurs, MaPrimeRénov' passera-t-elle l’hiver ?
La rédaction