Alors que le secteur de l’immobilier d’entreprise demeure tendu, la logistique confirme sa solidité au deuxième trimestre 2026. Rebond locatif marqué, retour du e-commerce, appétit pour le neuf : si les chiffres sont moins impressionnants qu’il y a quelques années, les fondamentaux restent solides, malgré un marché de l’investissement en trompe-l’œil.

Longtemps citée comme la classe d’actifs la plus dynamique de l’immobilier tertiaire, la logistique renoue avec la croissance. Avec 1,5 million de mètres carrés commercialisés au premier semestre 2026 sur le segment supérieur à 5 000 mètres carrés, le marché français ne recule que de 13 % sur un an. Une résistance notable dans un environnement macroéconomique complexe. Surtout, plus de 1 million de mètres carrés ont été placés au cours du seul deuxième trimestre, effaçant l’attentisme du début d’année.

Ce sursaut traduit un rééquilibrage du marché entre propriétaires et utilisateurs. Selon Pierre-Louis Dumont, Managing Director I&L France chez CBRE, l’accalmie observée sur les loyers, conjuguée à des conditions commerciales plus souples, « a permis de relancer la prise de décision ». La demande s’élargit également : après une première partie d’année portée par les logisticiens et les chargeurs industriels, le e-commerce fait son grand retour. « Le e-commerce s’est particulièrement distingué, concentrant plus d’un tiers des volumes », note Nicolas Chapuzet, Head of Leasing Logistique France chez CBRE. Amazon a largement alimenté cette dynamique : son projet majeur de centre de distribution dans le Haut-Rhin propulse le Grand Est en tête du classement national, devant la région capitale et les Hauts-de-France.

Le neuf tire la demande

L’appétit des utilisateurs se concentre sur les plateformes de dernière génération : la part du neuf atteint environ les deux tiers de la demande placée, tirée par les grands gabarits de plus de 30 000 mètres carrés. Côté offre, le regain d’activité permet une légère contraction des disponibilités : le taux de vacance national repasse sous la barre des 7 %, et, signal encourageant, l’absorption nette redevient positive. L’équilibre demeure toutefois fragile, avec plus de 5,2 millions de mètres carrés immédiatement disponibles à l’échelle nationale.

Le marché de l’investissement offre, lui, une lecture bien plus contrastée. Les 2,9 milliards d’euros engagés en immobilier industriel et logistique au premier semestre reposent presque intégralement sur un seul méga-deal : la cession des quelque 500 actifs du portefeuille Proudreed à Blackstone pour 2,3 milliards d’euros. Elle concentre à elle seule 90 % des volumes du trimestre. Cette opération mise à part, à peine 300 millions d’euros ont été investis. La logistique pure, à 433 millions d’euros sur le semestre, accuse ainsi une chute de plus de 70 % sur un an.

Les perspectives restent néanmoins raisonnablement optimistes. « Plusieurs signaux indiquent une amélioration progressive, sans pour autant annoncer une reprise franche », tempère François-Régis de Causans, Co-Head Capital Markets France chez CBRE, qui anticipe une décompression des taux prime propice à la reconstitution d’une prime de risque satisfaisante. Entre rebond locatif solide et sélectivité persistante des capitaux, la logistique s’impose plus que jamais comme l’un des actifs à suivre de près.

François Arias