L’historienne publie "Les ambitieuses, 40 femmes qui ont marqué l’histoire par leur volonté d’exister". L’occasion de revenir sur les notions d’émancipation, de patriarcat ou d’écoféminisme. Entretien avec une intellectuelle qui va à l’encontre de la doxa.

Décideurs. Votre ouvrage brosse le portrait de 40 femmes influentes et puissantes. Elles viennent d’époques, de cultures et de milieux sociaux différents. Quel est leur point commun ?

Virginie Girod. Toutes ont eu accès à l’éducation. Parfois ce fut dès leur plus jeune âge notamment grâce à leur père comme Christine de Pisan, Marie Curie ou Simone de Beauvoir. Parfois, ce fut sur le tard comme Valtesse de La Bigne, Coco Chanel ou Joséphine Baker. Mais dans tous les cas, elles étaient capables d’exercer leur sens critique, de comprendre le monde et, bien souvent, de l’améliorer. C’est l’instruction qui leur a donné l’indépendance. Le fait qu’aujourd’hui les femmes soient plus diplômées que les hommes me donne de l’espoir. Je pense que, par la force des choses, l’égalité, notamment sur le plan professionnel, s’imposera d’elle-même. La parité dans les postes de direction n’est plus qu’une question de temps.

Quelle serait la plus grande menace qui pèserait sur l’émancipation des femmes ?

C’est sans aucun doute le retour du religieux dans nos sociétés. La tendance est inquiétante puisque l’Histoire nous enseigne que plus une religion pénètre l’espace public, plus la place des femmes est remise en cause. Les dogmes monothéistes veulent contrôler la sexualité des femmes, leur corps, leur tenue, leur accès au savoir. Un retour en arrière est possible et nous marchons sur une ligne de crête…

Que pensez-vous du courant écoféministe incarné notamment par Sandrine Rousseau et une partie d’EELV ?

L’écoféminisme est un danger justement parce qu’il tente de concilier compromissions avec les religions et défense du droit des femmes ou des minorités sexuelles. Au point de considérer le hijab comme un embellissement ! Si l’on analyse le discours de Sandrine Rousseau, de nombreux propos desservent le féminisme. Lorsqu’elle assène préférer la sorcellerie aux maths, elle nous ridiculise en sous-entendant, de facto, que les ingénieurs nucléaires sont automatiquement des hommes. Pour elle, on ne peut être femme et matheuse. Dans sa tête, elle recycle un vieux poncif : la rationalité est une valeur masculine. Imaginez les dégâts sur l’imaginaire collectif ! Mieux vaudrait valoriser des figures comme la mathématicienne Sophie Germain ou Florence Nightingale qui a inventé le rôle de l’infirmière moderne ou Mae Jemison, la première femme astronaute afro-américaine. La liberté se construit plutôt en maîtrisant les équations qu’avec un pentacle !

"L"écoféminisme est un danger car il tente de concilier compromission avec les religions et défense du droit des femmes. Au point de considérer le hijab comme un embellisement"

Une partie des féministes est en lutte contre un patriarcat tout-puissant. Le combat est-il justifié ?

Au sens historique du terme, le patriarcat est une organisation sociale dans laquelle l’homme est supérieur à la femme, contrôle la paternité via la procréation qui se fait dans le cadre du mariage uniquement. Dans le même temps, il a un devoir de protection et d’assistance. Invoquer le patriarcat pour dénoncer un homme qui bat sa femme est donc un non-sens sémantique. Notre société n’est plus patriarcale, ou en queue de comète du patriarcat, du fait de la PMA, de la GPA, de la montée en puissance des naissances hors mariage. La misogynie, les agressions impunies existent, mais c’est un manque d’éducation, un manque d’efficacité des pouvoirs publics qui n’a rien à voir avec un patriarcat systémique.

Quelle serait la meilleure mesure à mettre en place pour une véritable égalité hommes-femmes ?

Ne faire aucune concession à des groupes religieux au nom de l’intersectionnalité des luttes et faire en sorte qu’un maximum de femmes soient indépendantes financièrement afin de ne pas être dépendantes et à la merci d’un homme. Même si je conçois que certaines fassent un choix inverse en toute connaissance de cause.

Propos recueillis par Lucas Jakubowicz

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