Le haut-commissaire à la Stratégie et au Plan Clément Beaune veut redessiner la carte de l’Île-de-France.

Dire que l’évolution des frontières de Paris est un serpent de mer relève du doux euphémisme. Figées depuis le XIXe siècle, les limites de la capitale ont résisté à toutes les tentatives d’élargissement. De son côté, la carte des départements franciliens n’a pas évolué depuis la réforme de 1964.

Un débat aussi ancien que la métropole

Le sujet revient pourtant régulièrement sur la table. Depuis les années 1980, plusieurs rapports ont plaidé pour l’annexion des communes de la petite couronne dans un Paris qui se rapprocherait de l’ancien département de la Seine. Plus récemment, Nicolas Sarkozy avait lancé, en 2007, le projet du Grand Paris. Différentes options de fusion, plus ou moins ambitieuses, avaient alors été évoquées, sans parvenir à convaincre. Les évolutions les plus concrètes concernaient finalement les transports, en témoigne le lancement du Grand Paris Express.

Quelques années plus tard, François Hollande s’est, lui aussi, emparé du sujet. Là encore, les partisans d’une fusion pure et simple n’ont pas su l’emporter. C’est finalement la création d’une structure métropolitaine qui a été retenue, donnant naissance à la Métropole du Grand Paris.

En 2017, Emmanuel Macron tentait à son tour d’engager une réforme. Sans succès encore une fois : les différentes propositions formulées n’ont abouti à aucune transformation majeure. C’est désormais au tour de Clément Beaune, ancien ministre des Transports nommé haut-commissaire à la Stratégie et au Plan en mars 2025, de relancer le débat.  

Une réforme territoriale radicale

Après un an de travail, ce fidèle d’Emmanuel Macron défait aux législatives face à Emmanuel Grégoire à Paris – devenu depuis maire de la capitale – présente sa vision : une réforme en profondeur de Paris et de sa région.

D’une quinzaine de pages, le document s’ouvre sur un constat désormais classique : la métropole parisienne constitue un véritable mille-feuille administratif qui, contrairement à la plupart de ses homologues européennes, n’a jamais connu de « big bang » institutionnel.

Dès lors, le rapport plaide pour une réforme particulièrement ambitieuse, articulée autour de la suppression des départements de la petite couronne (Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis et Val-de-Marne) et des communes concernées, ainsi que de la Métropole du Grand Paris. L’ensemble serait fusionné avec la Ville de Paris au sein d’une nouvelle collectivité au statut particulier.

Une gouvernance à réinventer

Une telle remise à plat s’accompagnerait naturellement d’un nouveau découpage administratif. Le rapport propose ainsi de créer des « districts » regroupant plusieurs communes existantes et comptant chacun environ 200 000 habitants. La quarantaine de districts ainsi créée exercerait les compétences de proximité, tandis que la « Ville du Grand Paris » reprendrait les compétences aujourd’hui exercées par les départements et les intercommunalités.

nouvelle carte grand paris

La nouvelle carte du Grand Paris selon le rapport

La région Île-de-France demeurerait inchangée dans son périmètre actuel et conserverait ses prérogatives en matière d’aménagement régional. Aucun changement n’est non plus envisagé pour la préfecture de police, dont la compétence territoriale couvre déjà l’essentiel de cet espace.

Reste la question, ô combien sensible, de la représentation démocratique. Celle-ci passerait par l’élection directe d’un « maire du Grand Paris » ainsi que d’un conseil du Grand Paris représentant les différents territoires.

Des élus peu convaincus

Les réactions des élus locaux sont plus que mitigées. Si une poignée de maires du centre et de la droite affichent un optimisme prudent, les réactions demeurent globalement négatives. La plupart des édiles dénoncent l’absence totale de concertation au sujet d’un projet qui les concerne au premier chef.

Nombre d’entre eux craignent également que leur lien de proximité avec les habitants ne se dilue si les petites communes venaient à être absorbées dans de vastes districts de 200 000 habitants.

Aussi ambitieux soit-il, ce projet de refonte institutionnelle de l’Île-de-France est donc loin de faire l’unanimité. Sa publication apparaît d’autant plus surprenante qu’elle intervient à la fin du mandat d’Emmanuel Macron. Sans majorité claire dans l’hémicycle, le camp présidentiel n’est par ailleurs parvenu ni à conquérir Paris ni à reprendre plusieurs des grandes villes franciliennes lors des dernières élections municipales.

Il semble donc peu probable que Clément Beaune dispose du capital politique nécessaire pour transformer ces propositions en réforme effective. De quoi faire connaître à son rapport le même sort que nombre de projets de réorganisation de Paris qui l’ont précédé.

François Arias

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