En janvier, la MAIF annonçait la création d’un dividende écologique équivalent à 10 % de son résultat annuel. Une action qui viendra nourrir les combats de l’assureur pour la planète. Très engagé sur le sujet au sein de son entreprise, son directeur général Pascal Demurger veut embarquer avec lui d’autres dirigeants.

Décideurs. Quelle est votre stratégie en matière d’environnement ? Comment se décline-t-elle ? 

Pascal Demurger. C’est une stratégie de longue haleine qui a commencé il y a longtemps. Nous avons signé la charte de l’ONU sur l’investissement responsable dès 2009 à une époque où les entreprises ne s’intéressaient pas tellement à ce sujet. Depuis 2013, nous avons décidé que notre recherche d’impact environnemental et social positif devrait s’inscrire au cœur de notre activité et nourrir la performance de l’entreprise. Nous en faisons un moteur que nous déclinons sur l’ensemble de nos métiers. Par exemple, nous privilégions en tant qu’assureur la réparation et l’utilisation de pièces recyclées pour les milliers de véhicules accidentés que nous prenons en charge chaque année. En tant qu’investisseur, nous avons fait le choix de nous retirer de tous nos investissements directs dans les énergies fossiles. Et puis, en tant qu’entreprise, même si l’ampleur est moins importante, nous avons notamment mis en place au siège social un système de géothermie qui permet de chauffer ou de refroidir le bâtiment grâce à cette énergie renouvelable et en réduisant fortement notre consommation globale.

Arrivez-vous à mesurer la performance financière de vos actions ? 

Nous essayons de modéliser le lien entre nos engagements et notre performance, mais il est difficile à mettre en évidence de manière globale. On peut le faire en revanche par thème et par secteur. Un élément est assez probant : nos actions nourrissent l’attachement à notre marque. L’attractivité de la MAIF s’est améliorée et développée depuis que nous menons cette stratégie. Les indicateurs montrent que la croissance du nombre de nos sociétaires atteint des niveaux historiques, et ce alors même que nous existons depuis 1934 ! Les enquêtes montrent également que la MAIF est reconnue comme une marque employeur désirable. Dans certains de nos métiers, il existe une forte tension dans les recrutements et nous recevons énormément de CV.

"L’attractivité de la MAIF s’est améliorée et développée depuis que nous menons cette stratégie"

Vous mettez en place un dividende écologique. Quels objectifs poursuivez-vous ? 

Depuis une douzaine d’années, nous construisons un modèle où l’engagement crée de la performance. Désormais, nous voulons utiliser une partie de cette performance pour plus d’engagement !  Nous souhaitons boucler une boucle vertueuse. Sans renoncer en rien à nos actions écologiques dans nos différents métiers, nous ajoutons un étage supplémentaire en allouant chaque année 10 % de notre bénéfice au financement d’actions en faveur de la planète. Ce qui représentera un peu moins de 10 millions d’euros cette année. Nous avons réparti l’utilisation de cette somme entre deux grands chantiers Celle-ci servira d’un côté à financer des opérations de régénération de la biodiversité. D’une manière générale, nous avons déjà beaucoup travaillé pour réduire notre impact sur le dérèglement climatique, mais moins en faveur de la biodiversité. Or, en tant qu’assureur cela nous intéresse de restaurer des espaces naturels qui peuvent aider à réduire les conséquences du dérèglement climatique. Ensuite, nous avons la conviction que la transition ne se fera pas sans cohésion sociale. Nous allons aider des ménages assurés à la MAIF vulnérables sur le plan financier et exposés à des catastrophes naturelles, à en prévenir les conséquences en rendant leurs maisons plus résilientes.

Pourquoi avoir choisi d’aller plus loin que ce que prévoit la législation ? Pourquoi vous engagez-vous personnellement ? 

Il est urgent d’agir, que ce soit en tant que citoyen ou en tant que dirigeant d’entreprise. Comme assureur, nous sommes aux premières loges pour constater, mesurer - y compris financièrement - la réalité du dérèglement climatique. Face à cela, je me suis d’abord concentré sur la transformation de l’interne. Puis, en 2019, j’ai fait le choix d’essayer d’entraîner d’autres entreprises dans notre sillage car si tout le monde ne s’engage pas, cela ne sert pas à grand-chose. J’ai écrit un ouvrage, L'entreprise du XXIe siècle sera politique ou ne sera plus, j’ai multiplié les interventions, les colloques sur les bénéfices et les conséquences du chemin que l’on a pris. J’explique aux entreprises comment agir progressivement. Je suis également candidat pour la co-présidence d’Impact France, avec Julia Faure de Loom, pour essayer de donner du poids à ce mouvement d’entreprises engagées, pour en faire une organisation patronale écologique et sociale, à côté du Medef. L’objectif ? Disposer du poids nécessaire pour devenir un interlocuteur incontournable des pouvoirs publics et faire évoluer la réglementation et les entreprises vers une économie à impact positif. 

Propos recueillis par Olivia Vignaud 

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