Le Plan Bâtiment Durable publie la première version du guide Réha'DAPT, un cadre de référence destiné à aider les acteurs de l’immobilier à adapter leurs patrimoines aux aléas climatiques.
Adaptation des bâtiments au changement climatique : un nouveau guide méthodologique pour transformer le parc existant
Près de 300 décès en excès lors de la canicule d’août 2025, 3,5 milliards d’euros de dommages causés par la sécheresse exceptionnelle de 2022. Face à l’accélération du changement climatique, le parc immobilier français – 32 millions de bâtiments résidentiels et tertiaires selon la Base de données nationale des bâtiments – semble largement sous-préparé. Si la construction neuve dispose depuis 2022 de la RE2020 pour intégrer les enjeux environnementaux, le bâti existant restait jusqu’ici dépourvu de cadre commun pour aborder la question de l’adaptation.
Le guide Réha'DAPT, publié le 20 janvier dernier sous l’égide du Plan Bâtiment Durable, entend remédier à cette situation. “L’absence d’un cadre commun partagé et consensuel pour l’adaptation du bâti existant est régulièrement évoquée comme un des principaux freins par les acteurs de la filière qui souhaitent se lancer dans une démarche d’adaptation de leurs actifs immobiliers”, rappelle ainsi en préambule ce document destiné aux propriétaires, gestionnaires, exploitants, maîtres d’ouvrage et maîtres d’œuvre, mais aussi aux collectivités territoriales souhaitant accompagner l’adaptation de leur patrimoine.
Une élaboration collective sur plus d’un an
Actif depuis octobre 2024, un groupe de travail baptisé GT Réha'DAPT a rassemblé une douzaine de structures aux compétences complémentaires : l’ADEME, le CSTB, le Cerema, l’Observatoire de l’immobilier durable (OID), l’Alliance HQE-GBC, I4CE (Institut de l’économie pour le climat), l’Agence qualité construction, le bureau d’études Sevaia et l’agence d’architecture AIA Life Designers.
Premier apport du guide : l’établissement d’un lexique partagé. Derrière des termes comme “exposition”, “vulnérabilité” ou “risque climatique”, les interprétations varient encore largement selon les acteurs. Le document propose des définitions claires, en s’appuyant notamment sur les travaux du GIEC et la norme ISO 14090. Le risque climatique y est défini comme la “probabilité d’occurrence de conséquences négatives résultant de l’interaction d’un aléa climatique, de l’exposition des enjeux et de leur vulnérabilité”.
Six aléas climatiques prioritaires
En s’appuyant sur la classification de la Taxonomie européenne et les travaux du groupe CAP 2030, le guide identifie six aléas climatiques majeurs pour le secteur du bâtiment : les vagues de chaleur, les vagues de froid, les sécheresses, les fortes pluies, les vents forts et les orages de grêle. Ces aléas génèrent dix risques associés, parmi lesquels la surchauffe du bâti, les inondations, le retrait-gonflement des argiles ou encore les feux de forêts.
En France hexagonale, tous ces aléas n’évoluent pas au même rythme. Le guide souligne que “les risques structurels liés à la chaleur et au manque d’eau s’imposent déjà comme prioritaires”. Le nombre de jours de vagues de chaleur a été multiplié par quatre en moyenne annuelle ces dernières décennies et devrait au moins doubler d’ici à 2050.
Deux échelles d’intervention complémentaires
La particularité du guide réside dans sa double approche méthodologique, applicable tant à l’échelle d’un parc immobilier qu’à celle d’un bâtiment unique.
À l’échelle d’un parc, la démarche vise à construire une vision globale des risques climatiques et à prioriser les investissements. Elle s’articule autour d’une étude d’exposition, d’une étude de vulnérabilité, puis d’une analyse croisée permettant de hiérarchiser les bâtiments selon leur niveau de risque.
À l’échelle d’un bâtiment, l’audit d’adaptation permet une évaluation plus fine, intégrant visite sur site, exploitation des documents techniques et échanges avec les gestionnaires. Il débouche sur un plan d’action chiffré et spécifique à l’actif.
Trois approches pour agir
Le guide distingue trois logiques d’intervention complémentaires. L’approche transformatrice consiste à repenser en profondeur l’utilisation ou les usages d’un bâtiment, voire à le désaffecter si nécessaire. L’approche incrémentale vise à améliorer progressivement l’existant, en intégrant des mesures d’adaptation aux opérations de maintenance ou de rénovation déjà programmées. Enfin, l’approche réactive prépare la gestion de crise lorsque les aléas sont inévitables : fermeture temporaire, zones de repli, protocoles d’évacuation.
Parmi les solutions préconisées, le document insiste sur la priorité à accorder aux Solutions d’adaptation fondées sur la nature (SAFN) – végétalisation, désimperméabilisation des sols, gestion intégrée des eaux pluviales –, conformément aux recommandations du GIEC et aux exigences de la Taxonomie européenne.
Le guide met par ailleurs en garde contre les risques de maladaptation, ces choix qui, bien qu’efficaces à court terme, aggraveraient les vulnérabilités à long terme. Exemple emblématique : le déploiement massif de la climatisation sans mise en œuvre préalable de solutions passives, qui aggrave la consommation énergétique et les émissions de gaz à effet de serre. Autre écueil : la végétalisation aux abords immédiats d’un bâtiment, sans prise en compte du risque de retrait-gonflement des argiles.
La question du coût
Sur le volet financier, le guide – dont il s’agit d’une première version appelée à évoluer au fil des retours d’expérience – rappelle qu’il n’existe pas de coût standard pour l’adaptation, tant les contextes diffèrent selon les bâtiments, les usages et les objectifs. Il souligne toutefois que les bénéfices de l’adaptation sont souvent diffus et mal appréhendés : réduction des hospitalisations lors des vagues de chaleur, maintien de la valeur patrimoniale, continuité d’exploitation.
À l’inverse, le coût de l’inaction est estimé par l’ADEME à 260 milliards d’euros par an d’ici à 2100 si aucune mesure n’est prise – un pronostic similaire à celui qu’exposait la Cour des comptes dans un rapport publié en septembre dernier.
Alexandre Hervaud

