L’édition 2025 du Baromètre de l’OID révèle un essoufflement des efforts de décarbonation dans l’immobilier de bureaux. Après des années de progrès, la trajectoire actuelle ne permettra pas d’atteindre les objectifs du décret tertiaire sans un doublement du rythme de réduction.

À l’occasion de l’EnerJ-meeting, journée de l’efficacité énergétique et environnementale du bâtiment, l’Observatoire de l’immobilier durable (OID) a dévoilé ce 10 février son Baromètre annuel de la performance énergétique et environnementale des bâtiments. 

Fondée sur les données de 53 contributeurs et couvrant une base de 32 700 bâtiments représentant 123 millions de mètres carrés, cette étude dresse un constat préoccupant pour le secteur des bureaux : si la consommation énergétique continue de diminuer, le rythme de cette baisse a fortement ralenti en 2024.

Un ralentissement marqué  

En 2024, la consommation d’énergie finale moyenne des bureaux s’établit à 126 kWh/m²/an, en recul de 1,6 % par rapport à 2023. Ce chiffre contraste avec la baisse de 5,9 % enregistrée l’année précédente. Corrigée des variations climatiques, la diminution n’atteint que 0,7 % sur l’année, le climat légèrement plus doux de 2024 ayant atténué les besoins de chauffage.

Cette décélération intervient après plusieurs années marquées par le plan de sobriété lancé à l’hiver 2022-2023 face au risque d’approvisionnement énergétique, ainsi que par l’envolée des prix de l’énergie. “La baisse des prix de l’énergie ou le contrecoup des efforts de sobriété sont des facteurs parmi d’autres pouvant expliquer ce rebond”, analyse l’OID dans son édito. Le secteur immobilier n’a pas su s’extraire d’une tendance nationale qui a vu la consommation d’énergie repartir à la hausse.

L’échéance 2030 s’éloigne

Le décret écoénergie tertiaire impose une réduction des consommations d’énergie finale de 40 % en 2030, 50 % en 2040 et 60 % en 2050, par rapport à une année de référence comprise entre 2010 et 2019. Or, l’intensité surfacique du parc de bureaux suivi par l’OID n’a diminué que de 16,2 % en 2024 par rapport à cette période de référence, une évolution comparable à celle du parc tertiaire national (−17,7 %).

Les projections de l’OID sont sans appel : au rythme actuel, le parc de bureaux n’atteindra pas les objectifs fixés par la réglementation. “Le rythme de baisse des consommations doit doubler pour que le parc de bureaux atteigne ces objectifs”, souligne le rapport. En intégrant les nouvelles surfaces construites chaque année (environ +1 %), la consommation totale du parc tertiaire n’aura baissé que de 15,4 % en 2030, bien loin des 40 % attendus.

Des disparités selon l’âge et la localisation des bâtiments

L’analyse par période de construction confirme l’efficacité des réglementations thermiques successives. Les bâtiments construits après l’entrée en vigueur de la RT 2012 affichent des consommations nettement inférieures : 106 kWh/m²/an en moyenne, contre 153 kWh/m²/an pour les immeubles haussmanniens. Cette différence s’explique également par un moindre recours au chauffage au gaz dans les constructions récentes (9 % des bâtiments post -2013 contre 31 % pour les haussmanniens).

Sur le plan géographique, les bureaux parisiens et de la première couronne présentent une consommation supérieure de 25 % à ceux situés dans le Nord-Est, pour des conditions climatiques comparables. Avec 144 kWh/m²/an en moyenne et des émissions de 13 kgCO₂eq/m²/an, la capitale se distingue par un niveau de service et une intensité d’usage plus élevés, ainsi que par un usage plus répandu et plus carboné du chauffage au gaz et par réseau de chaleur urbain.

Les certifications ne garantissent pas une faible consommation

Contrairement aux attentes, les bâtiments de bureaux certifiés (BREEAM, HQE, LEED, etc.) affichent des consommations énergétiques similaires, voire légèrement supérieures, à celles des immeubles non certifiés. L’OID avance une explication : ces actifs correspondent souvent à un positionnement haut de gamme impliquant des usages plus intensifs. “La présence d’une certification ne garantit pas à elle seule des consommations énergétiques faibles”, conclut le rapport.

Les bâtiments multicertifiés ou certifiés en rénovation présentent toutefois des performances supérieures, suggérant que le cumul de critères ou les travaux de réhabilitation produisent des effets tangibles.

Consommation d’eau : l’effet télétravail persiste

La consommation d’eau des bureaux s’est stabilisée à 0,39 m³/m²/an depuis 2020, soit 20 % de moins que sur la période 2010-2019. Cette réduction, plus marquée que celle de l’énergie, résulte des effets de la généralisation du télétravail sur l’occupation des surfaces. Rapportée au nombre d’occupants, la consommation s’établit à 6,1 mètres cubes par an.

Alors que l’échéance de 2030 promise par les obligations réglementaires liées au décret tertiaire approche à grands pas, l’OID appelle le secteur à “redoubler d’efforts” et à “tirer les enseignements des années passées” pour remettre la décarbonation sur les rails.  

Alexandre Hervaud

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