À quelques semaines des élections municipales, plus de 1 000 maires de communes de toutes tailles ont participé à un sondage sur la crise du logement.

Avec un questionnaire détaillé sur la crise du logement, le think tank Idheal (Institut des hautes études pour l’action dans le logement) et l’expert Cyrille Poy de la société de conseil LesCityZens, spécialisée dans le logement participatif, ont sondé plus de 1 000 maires français. Le résultat de cette étude dresse un portrait sans fard des élus locaux, confrontés à une problématique qui s’impose désormais dans toutes les zones rurales, et même dans les plus petits bourgs.

Premier enseignement : la crise du logement est loin de ne concerner que les grandes villes. Si son intensité reste corrélée à la taille des communes – 78 % des maires de 10 000 à 50 000 habitants la qualifient de grave, contre 29 % dans les villages de moins de 500 habitants –, elle est perçue sur tout le territoire. Au total, 65 % des élus interrogés considèrent le logement comme un enjeu très important pour leur territoire. Les deux principales causes identifiées : le manque de logements disponibles (22 %) et l’insuffisance du foncier constructible (17 %), deux diagnostics directement liés à l’inquiétude suscitée par la politique de zéro artificialisation nette, rejetée par 56 % des maires.

Volontaires mais empêchés

Le paradoxe central de l’étude tient en deux chiffres : 61 % des maires font de la construction de logements une priorité absolue de leur futur mandat, mais 62 % se déclarent dans l’incapacité réelle d’y répondre. Les obstacles sont systémiques : foncier trop cher ou trop rare (26 %), contraintes réglementaires, manque de financements publics, absence d’opérateurs dans les communes rurales. 

Le PLU reste le principal levier mobilisé (35 %), mais 13 % des maires avouent n’utiliser aucun outil, souvent faute de moyens ou parce que les compétences relèvent entièrement de l’intercommunalité.

Quand leurs habitants les interpellent – 40 % des maires y sont régulièrement confrontés –, deux sujets dominent : l’accès à un logement social et les questions de constructibilité foncière. Les populations les plus fragilisées sont identifiées clairement : familles modestes (18 %), ménages unipersonnels (14 %) et jeunes (13 %). La crise déborde aussi sur l’économie locale : près des deux tiers des maires de communes de plus de 2 000 habitants estiment qu’elle freine le recrutement des entreprises, tout en fragilisant les services publics, à commencer par l’école.

Réformes : ce qui passe, ce qui coince

Parmi les dix mesures soumises à leur jugement, les maires plébiscitent MaPrimeRénov’ (36 % d’avis positifs), la RE2020 (30 %) et les programmes Action Cœur de Ville/Petites Villes de Demain (20 %). En revanche, outre le ZAN, la suppression du dispositif Pinel est regrettée par 34 % des élus, et la réduction de loyer de solidarité imposée aux bailleurs sociaux depuis 2017 est jugée négativement par 27 % d’entre eux – jusqu’à 64 % dans les villes de plus de 10 000 habitants, où le parc social est le plus développé. Sur la régulation du marché locatif, 50 % des maires se déclarent favorables à la généralisation de l’encadrement des loyers dans toutes les zones tendues.

Les maires sont 64 % à vouloir faire davantage, sans pour autant faire de la décentralisation leur revendication prioritaire, le nerf de la guerre restant la question du financement. Ils sont ainsi 57 % à placer en tête de leurs revendications l’augmentation des moyens consacrés à la politique du logement, et à réclamer stabilité et simplification réglementaires. 

Alexandre Hervaud

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