La stratégie française de rénovation énergétique des logements est à bout de souffle. Équilibre des Énergies, think tank présidé par Dominique Bussereau, propose une voie de sortie : moins coûteuse, plus réaliste et centrée sur l’essentiel.
Rénovation énergétique des logements : 210 milliards d'euros d'économies en revoyant ses ambitions
Le think tank Équilibre des Énergies (EdEn) a rendu publique ce mardi une étude proposant une trajectoire alternative à la politique officielle de rénovation énergétique des logements, explicitement présentée comme une contribution au plan national de rénovation que la France doit remettre à Bruxelles avant la fin 2026.
Alors que le conflit au Moyen-Orient fait planer sur l’Europe le spectre d’une crise de l’approvisionnement en hydrocarbures, EdEn appelle à recentrer l’action publique sur une priorité absolue : sortir les logements français des énergies fossiles d’ici à 2050. “Avec cette étude, Équilibre des Énergies propose une trajectoire crédible, conciliant impératif climatique et soutenabilité économique et sociale”, estime Dominique Bussereau, ancien ministre et président du think tank.
Des résultats en deçà des attentes
Le secteur résidentiel représente 29,7 % des consommations d’énergie finale du pays, et 46 % des besoins en chauffage restent couverts par des énergies fossiles. Les émissions du secteur du bâtiment atteignent 57 millions de tonnes de CO2 équivalent, soit 16 % du total national. La politique publique censée y remédier accumule pourtant les déconvenues.
La SNBC3 prévoit 700 000 rénovations par an d’ici à 2030, dont 250 000 d’ampleur. En 2025, l’Agence nationale de l’habitat en a comptabilisé 120 306. Le coût moyen d’une rénovation d’ampleur est estimé à 60 000 euros par opération, un niveau qui a conduit le gouvernement à suspendre MaPrimeRénov' à l’été 2025 après épuisement de l’enveloppe en six mois.
Le marché des pompes à chaleur air/eau s’est dans le même temps contracté de 40 % en 2024, pendant que celui des chaudières fossiles restait stable, à 422 000 unités. Sur le plan social, 35 % des Français déclarent avoir souffert du froid chez eux lors de l’hiver 2024-2025, soit plus du double qu’en 2020.
Une stratégie officielle inapplicable
EdEn chiffre à 790 milliards d’euros sur 25 ans, soit 31,6 milliards annuels, le coût d’une rénovation globale visant la classe B du DPE pour l’ensemble du parc : le double de l’effort actuel, estimé à 15 milliards par an. Un objectif jugé inaccessible, d’autant que les ménages déclarent ne consacrer en moyenne que 3 844 euros hors aides à ces travaux.
L’étude identifie trois faiblesses structurelles : une politique focalisée sur la réduction des consommations plutôt que sur la décarbonation ; un DPE dont le critère d’énergie primaire pénalise structurellement l’électricité, en classant comme passoires environ un million de logements bien isolés, mais fonctionnant au chauffage électrique ; une stratégie de rénovation d’ampleur incompatible avec la massification nécessaire.
575 milliards et une cible revue
EdEn propose de viser la classe C du DPE (consommation inférieure à 180 kWh par mètre carré et par an, émissions inférieures à 11 kg de CO2 équivalent en 2050) plutôt que la classe B. “Visons le C, on aura une petite chance d’y arriver”, a ainsi déclaré, pragmatique, Jean-Pierre Hauet, président du Comité scientifique du think tank durant sa présentation de l’étude.
Cette “rénovation efficace” associerait remplacement systématique des équipements fossiles et gestes d’isolation ciblés. Coût total : 575 milliards d’euros, soit 23 à 25 milliards annuels. Un effort supérieur de 50 % au rythme actuel, mais deux fois moins exigeant que ce qu’imposerait la rénovation globale. Il permettrait des économies de 210 milliards, soit 7 000 euros par logement.
La pompe à chaleur constitue la pierre angulaire de cette trajectoire : sa part dans le parc passerait de 11 % à 57 % en 2050. Une étude ADEME d’octobre 2025 portant sur 100 maisons équipées confirme un coefficient de performance moyen de 2,9 et une réduction de 50 % des dépenses énergétiques. En coûts complets, l’investissement se rentabilise en un à six ans. Pour le fioul, une sortie en 2035 est jugée possible sous réserve de doubler – ou presque – le rythme des substitutions. Pour le gaz, EdEn privilégie l’horizon 2050 sur 2040 : investissements comparables sur la période, mais pic de conversion beaucoup plus facilement absorbable pour l’industrie.
Revoir la politique des passoires et le DPE
L’extension des interdictions de location aux logements classés F (2028) puis E (2034), soit potentiellement 10 millions de logements, est jugée socialement risquée sans garantie de moyens pour les rénover.
EdEn propose de substituer à ce dispositif deux zones prioritaires : une “zone rouge” (classe G, environ 1,2 million de logements) à traiter intégralement d’ici à 2035, et une “zone grise”, définie par un double seuil énergétique et climatique, regroupant 43 % du parc conformément à la DPEB, dont 70 % devraient sortir d’ici à 2040.
Sur le plan fiscal, la révision de l’accise sur l’électricité – plus élevée que celle du gaz – est présentée comme urgente, à coordonner avec l’entrée en vigueur de l’EU-ETS2 en 2028. Un plan pluriannuel de contraction du réseau gazier, avec un préavis d’une dizaine d’années, est enfin jugé indispensable.
Alexandre Hervaud

