Pompe à chaleur, fin du gaz dans le neuf, refonte des aides à la rénovation : le plan d’électrification dévoilé par le gouvernement fait du bâtiment l’un de ses trois piliers d’action d’ici à 2030.

Alors que le conflit au Moyen-Orient ne semble pas s’apaiser, entraînant dans son sillage une crise énergétique, le plan d’électrification dévoilé par le gouvernement, constitué de 22 mesures pour sortir des énergies fossiles d’ici à 2030, réserve une place centrale au secteur du bâtiment.

Le résidentiel reste dépendant des fossiles – principalement utilisées pour le chauffage, l’eau chaude sanitaire et la cuisson – pour 34 % de sa consommation énergétique. Cinq mesures ciblées, assorties d’engagements d’acteurs majeurs, visent à accélérer un mouvement de bascule jugé aujourd’hui trop lent.

La pompe à chaleur érigée en standard

Pour relancer un marché en net recul, avec 182 000 pompes à chaleur (PAC) air-eau installées en 2025, contre près de 350 000 au pic de 2022, le gouvernement mise sur une offre commerciale “clés en main”. Intégrant installation, maintenance, financement et éventuellement fourniture d’électricité, elle sera payée en mensualités sur environ trois ans, les aides existantes (MaPrimeRénov', CEE) étant intégrées dès le départ. 

L’objectif est que la mensualité soit inférieure à la facture d’énergie précédente, supprimant ainsi la barrière de l’avance de trésorerie. Un appel à projets doit permettre de labelliser les premiers opérateurs à l’automne 2026, avec une cible initiale de 25 000 ménages modestes bénéficiaires. À plus long terme, le gouvernement vise 1 million de PAC installées par an en 2030, soit une trajectoire supposant un quasi triplement du rythme actuel.

Seules les PAC agréées sur des critères de “qualité et de résilience industrielle” seront éligibles aux aides, un filtre qui devrait favoriser la filière européenne, Atlantic et Saunier Duval en tête. EDF apporte son concours à la dynamique avec 240 millions d’euros d’engagements, dont 80 millions dévolus à une prime forfaitaire de 1 000 euros versée à 80 000 ménages modestes.

Fin du gaz dans le neuf, réorientation des aides 

La construction neuve sortira définitivement du gaz au 1er janvier 2027, y compris pour les usages d’appoint ou d’hybridation encore autorisés par la RE2020 actuelle. La mesure sera étendue au tertiaire “dans les années suivantes”, sans calendrier précis à ce stade. Objectif affiché : aucun bâtiment neuf ne consommant de gaz à partir de 2030. Quid de la filière biogaz ? Aucune réponse à ce sujet n’a été apportée par les différents cabinets ministériels durant la présentation du plan à la presse. 

Côté rénovation, les aides publiques sont recentrées. À compter du 1er septembre 2026, les rénovations d’ampleur aidées par MaPrimeRénov' en maison individuelle ne pourront plus conserver un chauffage au gaz à l’issue des travaux. L’éco-prêt logement social (éco-PLS) destiné aux bailleurs sociaux, sera adapté dans le même sens au 1er janvier 2027 et ne financera plus aucune nouvelle installation gaz, qu’elle soit individuelle ou collective. Un référentiel des prix d’installation constatés, décliné selon les caractéristiques du logement, sera publié d’ici à mai 2026 pour mieux encadrer les coûts ; un chantier d’autant plus sensible que l’étude publiée récemment par le think tank Équilibre des Énergies pointait la difficulté financière de la stratégie officielle de rénovation et plaidait pour un recentrage sur la sortie des fossiles plutôt que sur l’excellence du bâti.

Exemplarité de l’État 

Le parc immobilier de l’État et ses 97 millions de mètres carrés – 200 000 bâtiments, dont 40 % encore chauffés au gaz ou au fioul – fera l’objet d’une accélération. Le seuil de procédure formalisée de marché public est relevé de 100 000 à 140 000 euros pour les travaux de décarbonation, afin de gagner plusieurs mois et de permettre de remplacer des chaudières gaz avant l’hiver 2026-2027. Les 20 sites les plus consommateurs de gaz, qui pèsent à eux seuls 45 GWh/an, feront l’objet d’études immédiates.

Enfin, à partir du 1er janvier 2027, les bâtiments demandant un raccordement au réseau de gaz en supporteront l’intégralité du coût, qui n’est aujourd’hui que partiellement répercuté sur le demandeur, le reste étant mutualisé sur l’ensemble des consommateurs. Cette mesure, peu spectaculaire mais structurante, améliore mécaniquement la compétitivité relative des solutions électriques et des réseaux de chaleur.

Le parc social en première ligne

L’Union sociale pour l’habitat (USH), dont la présidente Emmanuelle Cosse a piloté le groupe de travail Logement de la concertation préalable, a publié sa propre trajectoire de décarbonation. Sur les 3 millions de logements sociaux chauffés au gaz, 1 million présenterait un fort potentiel de raccordement à un réseau de chaleur et 1 million un fort potentiel d’électrification. Les bailleurs sociaux s’engagent à ne plus installer de nouvelles chaudières au gaz en maison individuelle, et à décliner plus largement cette trajectoire dans leurs programmes de rénovation.

Le gouvernement évoque par ailleurs une piste réglementaire sensible : le rééquilibrage du coefficient de conversion en énergie primaire du DPE pour les logements chauffés à l’électricité. Fixé aujourd’hui à 1,9, il pourrait être abaissé autour de 1,7 dans le cadre européen existant, avec des répercussions mécaniques sur l’étiquette DPE de millions de logements. “Dans un monde instable, dépendre du gaz et du pétrole, c’est accepter d’être vulnérable”, répétait le gouvernement, dans le but manifeste de présenter le plan comme un coup de pouce au pouvoir d’achat plutôt que comme une opportunité de réduire le changement climatique.

Alexandre Hervaud

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