Depuis mars 2024, Gaëlle Salaün est à la tête d’une équipe de 500 personnes chargée de gérer le parc tertiaire d’EDF. Entretien.
Gaëlle Salaün (Groupe EDF) : "Chaque mètre carré exploité, chaque équipement et chaque usage à l’intérieur des bâtiments est un levier de durabilité"
DÉCIDEURS. Pouvez-vous rappeler le périmètre d’action de la direction de l’immobilier du groupe EDF, dont vous avez pris la tête en mars 2024 ?
Gaëlle Salaün. Mon champ d’action couvre l’ensemble des sites tertiaires du groupe, qu’il s’agisse du siège, des bâtiments situés dans les villes ou à proximité des unités de production nucléaires et hydrauliques. Mon périmètre d’intervention couvre les différents domaines de l’immobilier : de l’amont – proposer des stratégies immobilières avec des projets d’optimisations immobilières, gérer des projets de construction et de rénovation d’ouvrages tertiaires, concevoir les aménagements des bâtiments à mettre à disposition des occupants – à l’aval – assurer l’exploitation de bâtiments, réaliser les plans de maintenance…
Au total, cela représente 3 millions de mètres carrés pour près de 400 sites répartis sur toute la France, sur lesquels nous sommes essentiellement locataires, hors sites nucléaires. Par ailleurs, je suis chargée de la construction des locaux tertiaires et des parkings pour le projet nouveau nucléaire. La direction de l’immobilier du groupe EDF, qui regroupe plus de 500 collaborateurs, gère également plus de 10 000 logements pour les salariés en sujétion de service basés à proximité des lieux de production.
La décarbonatation est un sujet phare pour EDF : quels leviers concrets sont mis en œuvre pour atteindre vos objectifs ?
Au sein de la direction immobilier, en cohérence avec la raison d’être du groupe, nous considérons que chaque mètre carré exploité, chaque équipement et chaque usage à l’intérieur des bâtiments est un levier de durabilité. Afin d’améliorer notre empreinte immobilière, nous agissons tout d’abord sur les espaces de travail, avec notre cadre de référence des espaces de travail utilisés. Depuis 2019, les surfaces d’occupation ont été réduites de plus de 20 %, en misant sur des espaces dynamiques et des plateaux collaboratifs adaptés aux besoins métiers. Moins de surface, c’est moins d’énergie consommée. À ce propos, un plan de sobriété énergétique a entraîné une baisse de plus de 8 % de la consommation entre 2022 et 2023 de notre parc tertiaire, soit 11 gigawatts d’économie.
« Depuis 2019, les surfaces d’occupation ont été réduites de plus de 20 %, en misant sur des espaces dynamiques et des plateaux collaboratifs »
Notre objectif d’ici à 2030 : atteindre une consommation inférieure à 115 kilowatts par mètre carré grâce à nos choix de bâtiments et leur mode d’exploitation. Nous anticipons évidemment les exigences du décret tertiaire. Lors du renouvellement du parc, en tant que locataire, nous allons cibler des immeubles compatibles avec les objectifs pour 2050. Lorsque le marché ne répond pas à ces critères, la direction de l’immobilier va donc engager des discussions avec les différents bailleurs pour définir des plans d’action conjoints. Isolation de façade, installation de pompes à chaleur, etc., sont autant de leviers possibles. Côté logements destinés aux salariés, nous avons lancé un vaste plan de rénovation énergétique des bâtiments les plus énergivores avec notre « IZI by EDF », afin de réduire les émissions de GES et d’améliorer le confort des occupants.
Quid de la mobilité dans ce champ d’action ?
Depuis 2017, le groupe EDF s’est engagé, dans le cadre du plan EV100, à convertir l’intégralité de sa flotte automobile française à l’électrique d’ici à 2030. Nous disposons de plus de 19 000 points de charge, et 42 % de notre flotte est aujourd’hui électrifiée. Ce programme nous permet d’ailleurs d’expérimenter des offres de mise à disposition de bornes pour nos clients externes. D’autres leviers existent, tels que l’économie circulaire, en réutilisant plus de 40 % du mobilier au cours des trois dernières années, notamment grâce à notre plateforme interne EDF Reutiliz. Nous luttons aussi contre le gaspillage alimentaire, en ajoutant des clauses exigeantes dans nos contrats avec nos prestataires ou grâce à des partenariats, comme avec Too Good To Go.
Comment appréhendez-vous les évolutions de l’organisation du travail ?
Au sein du groupe, nous disposons d’un accord de télétravail (« Travailler autrement, manager autrement »), qui donne la possibilité aux collaborateurs, selon les équipes, de travailler chez eux entre deux et trois jours par semaine. Le télétravail nécessite d’accompagner la baisse de présence sur les sites, avec un aménagement en espaces dynamiques grâce au flex office pour booster la coopération. De manière générale, le boom du télétravail post-Covid a donné aux directeurs immobiliers des rôles beaucoup plus stratégiques, ne se limitant pas à une gestion de patrimoine, mais bien à un accompagnement de tous les métiers. Les enjeux liés aux espaces de travail illustrent cette complexité croissante.
Le directeur immobilier doit naviguer entre deux dynamiques parfois opposées : d’un côté, la généralisation du flex office, étroitement liée à la pérennisation du télétravail ; de l’autre, la nécessité de rendre les bureaux suffisamment attractifs pour encourager le retour des collaborateurs sur site. Une expérience à Lyon, où nous avons développé des espaces dynamiques destinés à accueillir l’ensemble des équipes, nous a valu un taux de satisfaction de plus de 90 %.
Propos recueillis par Alexandre Hervaud

