En mars 2026, les autorisations de logements bondissent de 33,1 % et les mises en chantier de 19,2 %. Alors que le projet de loi relance logement a été présenté la semaine dernière par Matignon, le déficit reste massif sur douze mois glissants.

Les chiffres publiés en avril 2026 par le Service des données et études statistiques (SDES) du ministère de la Transition écologique offrent un signal positif après plusieurs trimestres atones. Après une hausse de 33,1 % par rapport à février – en données corrigées des variations saisonnières et des jours ouvrables –, les autorisations de logements ont atteint 43 144 unités en mars, un niveau proche de celui observé au premier semestre 2022. Les mises en chantier suivent la même tendance, avec 29 854 logements ouverts en mars, soit une progression de 19,2 % sur un mois, après deux mois de repli (- 4,6 % en février, - 2,8 % en janvier).

Derrière cette embellie ponctuelle se cache malgré tout un repli structurel persistant. Sur les douze derniers mois (avril 2025 - mars 2026), 395 427 logements ont été autorisés, soit 2 % de moins que la moyenne des cinq années précédentes. Le décalage est plus sévère encore côté chantiers : 279 832 mises en chantier sur la période, en retrait de 17,5 % par rapport à la même référence quinquennale.

Le collectif tire la reprise, l’individuel reste à la peine

La dynamique de mars repose largement sur le segment collectif. Les autorisations de logements collectifs (résidences comprises) bondissent de 49,3 % sur un mois pour atteindre 30 013 unités, portées par une très forte hausse des logements en résidence (+ 115,7 %) et une progression marquée des collectifs ordinaires (+ 33,7 %). 

Sur douze mois, le cumul du collectif dépasse de 7,5 % la moyenne quinquennale : un résultat tiré par les logements en résidence (+ 36,6 %), tandis que les collectifs ordinaires retrouvent tout juste la tendance de moyen terme (+ 1,1 %). Côté chantiers, les ouvertures de collectif progressent de 29,1 % en mars (20 234 unités), mais accusent encore un retard de 10,9 % sur douze mois.

Le segment individuel reste fragilisé. Les 13 131 autorisations de mars (+ 6,7 %) ne suffisent pas à combler un déficit de 15,8 % sur un an par rapport à la moyenne quinquennale. L’individuel pur, soit la maison sur permis unique, reste sinistré : baisse de 20,4 % sur douze mois côté autorisations, diminution des mises en chantier de 34,7 %. La quasi-stabilité de l’individuel pur mis en chantier en mars (- 0,2 %) confirme que la reprise du marché de la maison neuve, pénalisé par la remontée des taux et le durcissement des conditions de crédit, n’est pas encore engagée.

Locaux non résidentiels : un trimestre orienté à la hausse

Du côté des locaux non résidentiels, le premier trimestre 2026 affiche 9,4 millions de mètres carrés autorisés, en hausse de 4,0 % sur un an. La dynamique est portée par les commerces et activités de service (+ 28,2 %), les exploitations agricoles et forestières (+ 5,4 %) et, dans une moindre mesure, les autres activités des secteurs primaire, secondaire et tertiaire (+ 1,9 %). Notons que cette dernière rubrique inclut désormais l’industrie, les entrepôts et les bureaux dans la nouvelle nomenclature Sitadel3. Ce nouveau dispositif, qui remplace Sitadel2, entraîne de légères révisions des séries antérieures liées à l’intégration de permis jusqu’ici écartés et à des modifications de règles de gestion. Les prochains mois diront si le frémissement de mars marque un retournement durable ou un rebond technique isolé.

Les mises en chantier de locaux sont quant à elles en quasi-stabilité au premier trimestre (- 0,3 %, soit 5,3 millions de m²), mais progressent nettement sur douze mois (+ 6,5 %, à 20,9 millions de m²), tirées par l’agricole (+ 17,1 %), le commerce (+ 12,1 %) et les équipements collectifs (+ 7,8 %). 

Géographiquement, le Centre-Val de Loire (+ 43,1 %), la Corse (+ 22,7 %) et la Nouvelle-Aquitaine (+ 21,8 %) affichent les meilleures dynamiques de mise en chantier sur un an, tandis que la Normandie (- 10,6 %) et l’Auvergne-Rhône-Alpes (- 8,5 %) reculent. Côté autorisations, l’Île-de-France (+ 24,7 %) confirme son rebond, à rebours de la tendance dans les Hauts-de-France (- 22,7 %) et en Corse (- 22,0 %).

Un signal à relativiser 

Ces données sont publiées dans un contexte politique chargé. Le 23 avril, le Premier ministre Sébastien Lecornu a présenté à Marseille, aux côtés du ministre de la Ville et du Logement Vincent Jeanbrun, un projet de loi « relance logement » dont l’examen devrait débuter au Sénat dès juin, avec un objectif de vote avant la fin de l’année. 

Le texte, articulé autour de cinq axes – lancement de l’ANRU 3, traitement des passoires thermiques, élargissement du dispositif Jeanbrun, simplification des procédures et décentralisation vers les maires –, vise précisément à enrayer la décrue observée depuis trois ans dans la production neuve.

Le rebond de mars, encore très partiel et concentré sur le collectif et les résidences spécialisées (étudiantes, séniors, tourisme), ne suffit donc pas à inverser la tendance de fond : la moyenne glissante des autorisations reste sous le niveau des cinq dernières années, et les mises en chantier accusent un retard cumulé considérable. 

Alexandre Hervaud

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